VILLAGE

PAR MARIE

Moi je viens d’un bled. C’est chiant. Parce que c’est un village chiant. Plus de vaches que d’habitants. La France rurale, sans wifi ni 3G. Mais bon on a quand même l’électricité.

Ce n’est pas étranger ni exotique. C’est paumé. C’est chiant mais je l’ai déjà dit. Quand je dis, « Salut, je m’appelle Laure, je viens de ce coin ». Les gens sont polis et disent « Ah oui, et c’est où ça ? ». « A côté de Nevers ». Et voilà, des yeux vitreux, la recherche frénétique d’une bribe de souvenir de cours de géo. Un peu de panique à l’idée d’être démasqué. Coupable d’être ignorant. Mais d’abord beaucoup d’indifférence. Je comprends, mon bled et la campagne, c’est pas très excitant. Mon village, personne ne connait. Sauf les 70 habitants. Moyenne d’âge, 90 ans ou presque, 273 vaches, 4 fermes. Et là j’ennuie déjà tout le monde. Mais que chacun se rassure, bientôt mon village aura disparu. Il est trop petit. Mais il prend quand même trop de place. Surtout il coûte trop cher. Alors on va le fusionner avec la ville d’à côté. Effacé de la carte, des habitants exilés ou disparus, effacé des mémoires, bientôt je viendrai de nulle part.